Les intérieurs raffinés de cet appartement parisien reflètent son passé fascinant et le talent artistique des architectes d’intérieur Humbert & Poyet
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L’aventure de Christophe Poyet dans l’une des rues les plus secrètes de Paris, l’avenue Frochot, n’est au départ qu’une plaisanterie. Enclave privée cachée derrière d’élégantes portes en fer forgé, la ruelle courte et escarpée est unique et exclusive. Christophe, cependant, y était un visiteur régulier de l’appartement de son meilleur ami.
«Je lui ai toujours dit: si une propriété est à vendre ici, faites-le-moi savoir.» C’est le genre de commentaire léger et jetable qui a peut-être déjà été répondu à plusieurs reprises. Sauf qu’à cette occasion, quelques semaines plus tard seulement, l’appartement au-dessus de celui de l’ami de Christophe était sur le marché et il en devint bientôt propriétaire.
Cuisine: L’îlot, recouvert de cuir tressé avec une bordure patinée en bronze, constitue une pièce maîtresse élégante et est encore souligné par des suspensions classiques sur mesure. Lampe de table et suspensions Sorbet, Humbert & Poyet. Bol en céramique, Jean Marais. Buste italien en bronze, Fiere di Parma.
Si Christophe partage la maison avec son mari Léo, il tient à souligner que dans les affaires, il vient aussi en duo – avec Emil Humbert, l’autre moitié de l’agence d’intérieur monégasque Humbert & Poyet. « Nous réalisons tous les projets ensemble et même s’il s’agissait de mon propre appartement, ce n’était pas différent », explique Christophe. Le couple s’est rencontré à Monaco en 2007 et a depuis formé un studio connu pour ses intérieurs élégants et soignés, tant dans le domaine hôtelier que résidentiel.
La combinaison séduisante de secret et de glamour discret de l’avenue Frochot attire les créatifs depuis 1826, date à laquelle elle a été construite sur un terrain qui était autrefois le terrain de chasse privé du roi Louis XVI et destiné à servir de retraite aux artistes et intellectuels. « De nombreux musiciens et artistes célèbres vivaient dans ce quartier et l’appartement lui-même était l’atelier de Toulouse-Lautrec. Notre idée était de recréer un peu de ce passé dans notre rénovation», explique Christophe.
Entrée (à gauche) : Les portes vert pâle apportent une touche de couleur inattendue à ce schéma monochrome. Les carreaux de sol dynamiques ancrent l’espace. Appliques de bain Utopia, Kelly Wearstler. Socle en plâtre torsade française, Sauce. Buste en bronze de Gérard Lanvin, Les Puces de Paris Saint-Ouen. Salon (à droite) : Les artisans ont travaillé pour recréer les moulures architecturales perdues lors des rénovations précédentes. Le banc est une des pièces préférées de Christophe. Banc, Folke Bensow, provenant de 1stDibs.
Intouché depuis les années 70, l’appartement avait perdu son parquet et ses moulures décoratives d’origine. « Il y avait beaucoup de travertin et un tapis bleu. C’était lourd», se souvient Christophe. Faire passer la propriété de trois chambres à deux chambres a immédiatement donné l’impression de plus d’espace. « Avant, il y avait une cuisine et une salle à manger, qui semblaient toutes fermées, donc nous avons voulu tout rouvrir. Il y a maintenant deux arcs symétriques : un qui existait déjà et un qui imite le premier », explique Christophe.
Même si la plupart des murs ont été démolis, l’équipe a pris soin de préserver et de recréer les détails perdus lors des rénovations précédentes. « Lorsque nous avons démonté le plafond, nous avons découvert de magnifiques moulures florales qui nous ont inspiré pour créer les torsades – ou torsions – de la salle de bain. »
Salle à manger: Les panneaux en miroir antiques renards sur une porte intérieure créent un sentiment d’équilibre au sein de ce schéma. Table à manger, Galerie Yvan Royer. Chaises de Claude Delor, Galerie Marcilhac. Plafonnier italien des années 1940, provenant d’une vente aux enchères en Italie. Table console, Studio Glustin. Dessin de Gérard Lanvin. Paire de vases en céramique hongroise, Les Puces de Paris Saint-Ouen.
Christophe, dans son travail avec Emil, cite de nombreuses périodes d’inspiration, même si les deux hommes ont un penchant particulier pour le design italien des années 30 aux années 50. « Cette période est glamour, précise Christophe. « Tout ce que nous faisons est référencé par le passé. Pour notre collection de tissus avec Pierre Frey et Nobilis, nous avons passé des heures dans les archives. Le tissu Rebonds que nous avons utilisé pour la tête de lit évoque l’esprit art déco des années 30.’
Toulouse-Lautrec lui-même a un moment d’hommage particulier. «J’ai une copie d’un dessin qu’il a fait lorsqu’il vivait dans l’appartement.» Christophe et Emil suivent également de près les artistes émergents et travaillent aux côtés de la galerie White Cube à Londres. « Ma pièce préférée est le bas-relief italien en marbre sculpté du XVIIe siècle dans la cuisine. C’était un cadeau d’anniversaire d’une personne très chère, raconte Christophe.
Salon: La courbe du canapé suit celle du tapis et de la table basse, en lien avec les arches des fenêtres. Canapé sur mesure, Humbert & Poyet. Table basse de Colo Studio, Galerie Mélissa Paul. Chaises, Maisonjaune Studio. Tapis de Damien Langlois-Meurinne, Manufacture de Tapis de Bourgogne. Lampe de table, Galerie May. Lampadaire, Chahan Design & Peter Lane.
S’éloignant délibérément des matériaux plus sombres autrefois utilisés dans l’appartement, Christophe a opté pour un parquet en chêne vieilli clair. « Le bois présente des irrégularités et semble traditionnel. Pour les murs, j’ai fait simple avec un blanc cassé. Comme pour chaque projet que nous réalisons, nous aimons que les matériaux parlent plus que la couleur que nous appliquons sur les murs », explique Christophe.
Salle de bain (à gauche) : Ce schéma intemporel s’inspire de la période art déco. Appliques Barton, Ralph Lauren pour Visual Comfort & Co. Miroir Shawford, Vaughan. Lavabo sur colonne, Burlington. Chambre (à droite) : Les panneaux de tissu sur mesure créent une ambiance douce et confortable. Tête de lit en tissu Rebonds Le Manach de Humbert & Poyet pour Pierre Frey. Lampe de table, Paul Dupré-Lafon, 1940, Galerie Marcilhac.
À l’extérieur des portes-fenêtres, les feuilles sont doucement animées par la brise mais ailleurs règne un calme perceptible. «Il n’y a aucun bruit du tout. Au-delà de la porte se trouve South Pigalle, un quartier branché de la ville avec des restaurants et des bars. Mais dès qu’on remet les pieds avenue Frochot, on n’entend que le chant des oiseaux.

